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Ce matin, alors que j'effectuais ma tournée quotidienne gaiement, j'aperçois
Monsieur Seguin qui me fait signe.
Alors, au lieu de lui déposer le courrier dans sa boite aux lettres, je me lève de ma bicyclette, le salue et lui donne son courrier. C'est à ce moment que Monsieur Seguin, fidèle client bien
sympathique, poli et respectueux anti-grèviste m'invite à boire un coup d'café. Ce que j'accepta avec entrain.
Je ne me doutais pas de ce que j'allais y trouver.
En effet, Mme et Mr Seguin, couple qui parait d'ordinaire bien dans ses baskets, semblait en froid. Ce qui ne me regarde absolument pas, moi, facteur. Sauf que je m'inquiète pour mes clients, j'y
tiens.
Revenons-en à ce couple.
Madame Seguin avait le visage blême. Elle avait des mimiques. Mettait sans arrêt la main devant la bouche, comme si quelque chose la perturbait. Mangeait ses ongles. Ses yeux étaient bordés d'un
trait bleu. Inutile maquillage pour pallier à cette fatigue. Ses joues creuses. Visiblement, Mme Seguin n'allait pas bien ce matin.
Mr Seguin, lui, avait sa gaieté naturelle. Nous nous étions installés à la table et abordions tout juste le café et la catégorie "Potins et voisinnages" quand un énorme cri retenti. Tout
de suite je reconnu la voix pâle, suraigue mais rauque, de Mme Seguin, dans la cuisine. Cri qui reveilla le chat. Le chat s'étira, ouvrit grand les yeux, alla se cacher sous le fauteuil à la
vitesse du TGV chinois, semblant savoir ce qui se passait.
Je m'apprêtais alors à fuir, moi aussi, lorsque Monsieur Seguin me rassura "C'est rien, c'est ma femme. Elle est à bout en ce moment, il lui arrive souvent de pousser des cris pour
rien".
Et nous avons reprit notre conversation, avec Mr Seguin. Le comportement de sa femme m'inquiètant, je lui posais quelques questions. Apparement, des problèmes avec leur chèvre. Des problèmes de
voiture. Mme Seguin n'a plus de voiture pour aller travailler depuis plusieurs jours, et elle crie sans cesse sur les autres. Des problèmes financiers, aussi. Des arrangements qu'elle n'arrive
plus à trouver. Alors, Mme Seguin, elle pète les plombs. Et un rien la fait hurler. Pleurer. Le chien qui crie. Le chat qui mange. Un coup de téléphone. Un mot de travers. Quelque chose qui ne
lui plait pas.
Lorsque Monsieur Seguin me parlait de sa femme et de son comportement, l'amour qu'il lui portait était dans ses yeux. Il me faisait comprendre qu'il en avait marre, de tout ça, mais qu'il
l'aimait. Qu'il l'aimait plus que tout. Comme sa chèvre. Qu'il a l'impression de perdre en ce moment.
Pauvre Monsieur Seguin.
De simples solutions à trouver. De simples dialogues à rétablir pour que tout revienne en ordre. Mais la communication se fait en cris, en pleurs. Madame Seguin ne supporte plus, Monsieur Seguin
ne supporte plus. Leur chèvre ne les aime plus me dit-il. Bordel, qu'est-ce qu'elle fout cette biquette.
Pauvre famille Seguin.
Mais moi je suis facteur. Pas psychologue. Alors après tout, c'est pas mon
problème.
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